L’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage HQE,
de nouvelles missions pour les Architectes

La HQE a pris ses racines au début des années 90 dans le concept plus vaste de « Développement Durable » du sommet de la Terre à RIO en 1992.

Lors de cette conférence, 179 états s’engagèrent sur les objectifs d’une « action 21 » reposant sur l’idée que l’humanité est à un tournant de son histoire en tournant la page du XX ème siècle qui a vu l’essor formidable, et peu maîtrisé, d’une partie de la planète dans son développement industriel alors qu’une autre s’enfonçait de plus en plus vers la pauvreté.
Les risques planétaires d’un développement mal maîtrisé contribuèrent à une certaine prise de conscience écologique et humaniste de l’opinion publique. (Seveso, Tchernobyl…)

La conférence d’Aalborg en 1994 verra la création de « charte des villes européennes » pour un développement durable traduite en « Agenda 21 locaux. »

Il aura fallu attendre le sommet de KYOTO en 1997 et sa ratification à Marrakech en 2001 pour que le Développement durable devienne désormais un véritable choix de société. Il tourne la page de la période de la croissance mono-orientée, marquée par l’esprit de « produire plus », pour ouvrir celle du « produire mieux », et de façon plus équitable.

Un des objectifs du DD interpelle directement le cadre de vie bâti et plus précisément le secteur de la construction puisqu’il consomme à lui seul, 50% des ressources naturelles, 40% de l’énergie, 16% de l’eau, et produit plus de 50% des déchets.

J’ai coutume de dire que « la HQE est l’application de la notion de développement durable au secteur du bâtiment » tant notre responsabilité de prescripteur est grande dans la promotion de cette démarche qu’il nous faut faire partager avec les différents acteurs.

L’assistance à Maîtrise d’Ouvrage et/ou Maîtrise d’Œuvre HQE se situe à ce niveau.

La mission d’Assistance à maîtrise d’Ouvrage HQE.

De plus en plus, nous voyons fleurir les appels à candidature d’AMO HQE.

Ceci démontre la préoccupation de nos Maîtres d’Ouvrages d’intégrer le plus en amont possible les préoccupations de Qualité Environnementale dans les programmes de concours d’Architecture.

La mission dévolue à l’AMO HQE est donc de l’ordre de l’intégration des critères relatifs à la HQE dans la programmation. Or, la démarche HQE n’a en aucune façon pour objectif de certifier les bâtiments mais bien de « promouvoir » une démarche volontaire et partagée.

Notre rôle est donc de sensibiliser les différents partenaires sur les possibilités d’intégration des critères, de proposer une hiérarchie dans les choix environnementaux en fonction des spécificités des projets et à leur environnement.

Nonobstant, l’approche des différentes cibles environnementales ne peut être que « systémique ».
Chacune d’entre elles ne peut être considérée isolément. A chaque étape de la programmation, comme à chaque étape de la conception, des objectifs particuliers seront travaillés mais en considérant qu’ils font partie intégrante d’un système, susceptible de modifier ce système, voire de le déstabiliser ou d’entraîner des contre-performances.

Par exemple, dans une programmation d’école maternelle et primaire seront privilégiés les éclairement naturels justement mesurés pour assurer dans chaque classe un FLJ (facteur de lumière du jour) supérieur ou égal à 2.
Ce critère quantitatif entraîne des choix de hauteur de baies qui peuvent être excessives en regard aux surchauffes dues à la sur-solarisation.


Dans ce genre de programme seront bien sûr mis en avant des critères à fort aspect pédagogique afin de former les générations futures à un autre regard sur nos ressources.
L’intégration d’énergie renouvelable, le respect de l’eau, l’intégration de la biodiversité dans les aménagements extérieurs…sont autant de critères visibles qui seront développés à côté de ceux moins visibles mais tout aussi important qui visent les matériaux et la santé.

La mission de « Programmation Architecturale et Paysagère HQE » ne s’arrête pas là bien entendu.
Il nous faut encore proposer au maître d’Ouvrage les grilles de lecture des projets en fonction des critères traduits par les Maîtres d’Œuvre dans les rendus de concours.

Nous proposons dès lors des évaluations quantitatives ou qualitatives des différents projets par l’établissement d’une grille d’analyse.

Mesurer ce qui peut l’être pour en permettre l’évaluation comparative et apprécier qualitativement les efforts pour atteindre certaines cibles faisant appel plus au sens qu’à la mesure.

Toutes ces raisons font que l’AMO HQE se traduit souvent par la mise en place d’une équipe pluridisciplinaire formée d’ingénieurs spécialisés dans les différents domaines allant de la thermique à l’acoustique, de paysagistes spécialisés dans les traitements alternatifs des eaux usées et/ou pluviales, d’écotoxicologue, d’ingénieur éclogue…

Ces missions sont souvent longues car elles demandent de vérifier les dispositifs mis en place dans la durée de mise en régime des bâtiments afin que les mesures significatives puissent être faites sur plusieurs saisons.

Enfin ces missions sont passionnantes car elles permettent de jouer à fond la carte de la programmation précise, clairement définie.
Or nous le savons tous, une bonne programmation est un préalable indispensable à une bonne réponse Architecturale.


Pierre Coppe
Architecte
Impact qualité environnementale.