Convention Pocheco

Convention Pocheco

16/06/09
Pierre Coppe est intervenu dans le cadre de la convention de notre client POCHECO
La convention qui se tenait les 16 et 17 Juin avait pour thème: "le développement soutenable appliqué à nos métiers de gestion du courrier de masse"

Intervention de Pierre Coppe :

Madame, Monsieur,

Avant-hier, Chantal Jouanno , secrétaire d’état à l’Ecologie a déclaré en inaugurant l’Agence de l’environnement et de la Maîtrise de l’Energie à Angers, « l’ADEME » que le XXIème siècle sera « écologique ou catastrophique ».

De fait, nous sommes presque tous convaincus des effets importants de l’activité anthropique sur le devenir à court terme de notre planète.

Faut-il rappeler, pour ceux qui doutent encore que le climat change, le réchauffement de la planète tend à s’accélérer, les événements climatiques extrêmes deviennent plus fréquents.

Qu’à côté de ces phénomènes les ressources naturelles s’épuisent, la sécheresse avance, et par ailleurs, des maladies nouvelles, dues à l’exposition de l’homme à son action propre apparaissent.

Tout le monde est d’accord qu’avec 13 milliards d’individus sur terre à la fin de ce siècle contre 2 milliards, il y a moins de 100 ans, et déjà 6,5 milliards aujourd’hui, les ressources « finies » de la planète ne pourront suffire à offrir la subsistance et le développement à toute la population.

Le « Global Footprint Network Canadien » qui travaille à quantifier « l’empreinte écologique de l’activité humaine » détermine chaque année « L’earth overshoot day », ou le jour du dépassement. Ce jour est la date mesurée chaque année où la population humaine à épuisé les ressources produites en un an par le mince manteau vivant qui enveloppe la terre, la biosphère ou l’écosphère.
En 1986, cette date coïncidait avec la fin de l’année.
En 1995, cette date est tombée le 21 novembre.
En 2008 le 23 septembre marquait la date à laquelle nous avons consommé toutes les ressources naturelles que la terre est capable de produire sur une année.

Chaque année donc, cette date tombe de plus en plus tôt et nous puisons dès lors dans les réserves écologiques de notre planète au dépend des génération futures.

Des successions de déclarations de bonnes intentions, de Stockholm en 1972 en passant par Rio en 1992, Kyoto en 1997, La Haye en 2000, Johannesburg en 2002.

Chaque sommet de la Terre réunissant les nations unies réaffirmait de plus en plus ardemment qu’il n’y a d’autres issues que dans le Développement Durable qui allie Economique Social et l’Environnement, plaçant l’homme au centre des préoccupations lui conférant le droit fondamental à une vie saine et productive en harmonie avec la nature.

Ce qui nous amène aujourd’hui au projet POCHECO.

Voilà une entreprise qui consciente de son éco-responsabilité décide de travailler sur tous les fronts du possible, sur le long terme et en ne s’interdisant aucune réflexion afin de faire des choix éclairés par les professionnels de bureau d’étude et d’Architectes que je représente ici.

Même si nous, Architectes, sommes des acteurs économiques et sociaux par les choix de matériaux et des ordres de service que nous donnons lors des travaux de bâtiment dont nous assurons la maîtrise d’œuvre, nous sommes nous et je suis- moi Architecte responsable pour ma part à ce que le bâtiment représente comme impact sur l’environnement.

Sur les matériaux proposés et choisis, sur les choix techniques et donc l’énergie consommée prise dans les ressources finies de notre planète.

Je rappelle quelques chiffres très rapidement : Le secteur du bâtiment représente à lui seul : 42,5 % des consommations d’énergie finale et 23,50 % des émissions nationales de GES.

Pour le bâtiment ancien, la consommation moyenne nationale d’Energie Primaire est de 250 kWhh/m2 an alors qu’aujourd’hui il nous est demandé de ne pas dépasser 130 et que demain, en 2012, la règle sera posée à 65 kWh/m2.

En 2020, les constructions ne devront pas dépasser 15 kWhep/m2.an pour ce qui est du secteur du logement.

Nous avons donc à diviser quasi par 10 les consommations énergétiques de nos bâtiments dans les 10 années à venir. De plus on nous promet, dans les jours qui viennent une taxe carbone qui incitera à réduire l’ensemble des GES depuis la production du matériau jusqu’à sa fin de vie.

De là, un changement radical de pratique, de comportement de modes de construire, d’habiter, de consommer et de travailler.

Notre réflexion s’est d’abord appuyée sur l’analyse de ce site industriel ancien, construit à l’origine pour abriter une industrie textile dont les bâtiments ont été amenés à s’adapter pour recevoir l’activité industrielle de pointe que vous connaissez.

Cette activité, ce sont des machines, certes, mais également et surtout des femmes et des hommes qui passent une partie importante de leur temps, de leur vie à travailler dans un environnement de confort de travail qui doit leur permettre de se sentir bien, de se sentir mieux, bref d’avoir un environnement satisfaisant.

Fort de la demande initiale portant au renouvellement de la toiture de ce site, et des possibilités nouvelles de rendre ces grandes surfaces productives d’énergie, nous avons esquissé quelques scénarios de rénovation. Ceux-ci permettent à la fois de retrouver une lumière naturelle dans les bâtiments par la création d’une nouvelle structure et d’orienter cette toiture afin d’y placer des éléments photovoltaïques qui produiront de l’électricité.

Cette conception permet en outre de retrouver des parties presque horizontales qui recevront une végétalisation telle que réalisée dans la première tranche de travaux effectuée.

Pourquoi favoriser la lumière du jour alors que l’éclairage électrique, en termes de facturation représente que très peu par rapport aux consommations des machines ?

Nous sommes persuadés que, à l’instar des anciens qui, par économie de ressource, utilisaient souvent mieux que nous la lumière naturelle, nous offrirons un meilleur confort de travail s’il nous est permis de voir le ciel, de bénéficier d’une abondante lumière naturelle et de compenser celle-ci en cas de forte nébulosité par des appareils d’éclairage qui varieront leur intensité en fonction de l’apport de lumière extérieure.
De plus, cette disposition d’intelligence permet d’utiliser au mieux et au bon moment l’éclairage artificiel et donc de baisser les consommations et par-delà l’énergie consommée et l’impact environnemental correspondant.

Pourquoi placer des éléments photovoltaïques en couverture ?
La conception d’une toiture bien orientée en prise de lumière naturelle au Nord à pour conséquence la création de versants SUD. Ceux-ci sont donc dans une situation idéale pour permettre la mise en place de membranes solaires photovoltaïques qui, dans le cas présent permettraient une production évaluée à 50 kwc pour 380 m2 de surface active.

Ces KW sont revendus entièrement à EDF et participent pour leur part aux 20% d’ENR promis par la France dans les accords du « Plan Climat-Energie » signé par les états européens en Décembre 2008.

Pourquoi végétaliser les surfaces horizontales :
Outre l’amélioration intéressante du paysage urbain, la toiture végétalisée permet de retenir l’eau de pluie, en partie consommée par les plantes, une autre évaporée, le solde étant à tamponner avant le rejet au milieu naturel par infiltration ou rejet vers la Marque qui passe à proximité.
Une toiture végétalisée permet en outre de protéger le matériau sous-jacent formant l’étanchéité par elle-même permettant ainsi d’assurer une longévité accrue à celle-ci. Elle permet également d’atténuer les bruits et d’améliorer l’isolation thermique en été par le phénomène d’évapo-transpiration faisant diminuer la température de surface en été et en hiver. Le substrat constitue une isolation complémentaire à celle déjà mise en place.

Voilà ce que nous avons engagé et que nous allons poursuivre  car, sous l’impulsion de Mr DRUON et des résultats des premières études, nous avons été invité à penser global car, il n’est pas logique de s’attaquer à traiter une partie d’un tout sans que l’on ait une vision globale du tout.

De ce fait, conscient des enjeux environnementaux, la société POCHECO nous a fait part de sa vision de développement et de sa volonté d’engager la rénovation de son outil « bâtiment industriel ».

Dès lors qu’une vision globale puisse être planifiée, l’engagement des rénovation doit se faire dans cette cohérence de telle sorte que l’entreprise à terme puisse atteindre le triple objectif annoncé suivant :

- diminuer la pénibilité du travail
- respecter l’environnement
- améliorer la productivité

Dans les semaines qui viennent, nous allons aborder la problématique énergétique en termes de récupération de calories produites par certaines machines afin de diminuer les besoins globaux de chauffage, voire à terme de supprimer les chaudières.

Une première phase a déjà été engagée par l’entreprise elle-même, dans la rénovation des bureaux, par la mise en place d’un plancher chauffant basse température que nous proposerons de coupler avec des panneaux solaires thermiques.
La créativité de nos ingénieurs sera donc mise à l’épreuve afin d’éviter qu’en hiver il soit nécessaire de consommer du Gaz alors que par ailleurs, nous évacuons dans l’air des milliers de m3 d’air à plus de 60°.

Nous allons par ailleurs étendre notre réflexion à l’ensemble des potentialités du site qui possède quelques bâtiments orphelins qu’il nous faudra réhabiliter lourdement dans une démarche environnementale pour des développements d’entreprise à venir.

Dans le même ordre d’idée, nous allons être un peu iconoclaste et proposerons à l’entreprise de revoir la configuration de ses espaces extérieurs qui peuvent être aujourd’hui améliorés laissant plus de place aux espaces verts et de biodiversité.

Le stationnement des Véhicules légers pourra se faire sur des surfaces perméables en béton de gazon par exemple. Des techniques de confinement devront être étudiées pour satisfaire à la réglementation de rétention des eaux d’extinction.

Des techniques de stockage enterrés en citerne en lieu et place d’aérien seront proposées pour permettre de satisfaire à la consommation d’eaux grises et noires de près de 400 m3 annuels.

Chaque m2 de toiture produit dans nos régions 0,745 m3 d’eau par an. Il est inutile de faire de longs calculs pour se convaincre que l’entièreté des besoins pourra ainsi être satisfait sans consommer l’eau potable.
N’oublions jamais et c’est en partie ce qui provoque mes insomnies, qu’1,5 milliards d’homme n’ont pas accès à l’eau potable et que 34 000 d’entres eux meurent chaque jour du manque d’eau.
L’eau est une ressource épuisable dont la préciosité ne nous apparaît qu’à l’examen des niveaux de nappes phréatique qui s’épuisent de plus en plus.

Voilà donc les challenges que la société POCHECO a mis entre nos mains d’Architectes et d’Ingénieurs et que nous allons relever avec tout le plaisir de travailler avec un Maître d’Ouvrage, la société POCHECO, dont l’ambition de son développement s’inscrit très exactement dans les préoccupations environnementales qui sont les nôtres et dont nous sommes tous collectivement responsables devant les générations futures.

En paraphrasant Mies Van der Rohe dont Mr DRUON a découvert dernièrement ses œuvres Berlinoises, nous allons comme un couturier qui à l’aide de patrons et de pièces crée et façonne le vêtement dont le sens, la beauté n’est perceptible qu’une fois toutes les pièces assemblées.

« Less is More » portera sens si la vision globale porte la cohérence de l’ambition environnementale pour laquelle nous nous sommes engagés à accompagner POCHECO dans son développement

Je vous remercie.